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Clinton Fearon

This Morning

date de sortie : 30/09/2016
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Clinton Fearon est né en 1951 et a grandi dans les collines jamaïcaines de Sainte Catherine. Parti vivre avec sa mère dans la grande ville, à Kingston, à l’âge de quinze ans, l’homme affable vit actuellement à Seattle sur la côte pacifique des Etats-Unis. Entre temps, il fut guitariste, bassiste et chanteur du groupe mythique The Gladiators. Il s’en est séparé en 1987 pour mener une carrière solo émaillée de tournées mondiales avec son groupe le Boogie Brown Band et de dix albums. This Morning est le onzième, le troisième pour Chapter Two / Wagram, après Heart and Soul, album acoustique, en 2012, et Goodness en 2014.

L’illustrateur brésilien Willian Santiago en a dessiné la pochette : colorée, figurative, géométrique. Voici Mister Fearon en commandeur de la nature, barbiche, casquette, lunettes de soleil, entouré de bananier, perroquet, arbre du voyageur. C’est tout lui : créature respectueux de la « terre mère », rigoureux, bâtisseur de sons, reggae man qui mesure le temps au fil à plomb.

Si Clinton Fearon habite Seattle, en bord d’océan, c’est qu’il y sent « a good vibe », une bonne vibration, en adéquation avec sa voix, chaleureuse, rythmique – de l’Amérique du Nord, Clinton Fearon a retenu les pulsions soul et folk. La ville de Jimi Hendrix est « excellente pour la création », dit le chanteur, auteur compositeur, qui a troqué la touffeur caribéenne pour les pluies fines du nord des Etats-Unis, sans état d’âme, parce que la Jamaïque « a toujours été un pays compliqué ».

La fraîcheur de Seattle induit aussi un rapport privilégié avec la nature, entretenu par la forte présence des « native american », les indiens de la côte pacifique. « Ils respectent la terre, et moi aussi. Je suis né au milieu du « bush », où chacun dépend des autres. Quand je suis arrivé à Kingston,  je saluais tout le monde. On me regardait bizarrement. Comment pouvais-je appartenir à cette ville ? ». Par la musique et ses pulsations, en fondant un premier groupe, The Brothers, en arpentant les studios, en rejoignant le trio des « guerriers gladiateurs », issus du ghetto de Trenchtown. Le gosse des montagnes devient aussi « session man » au Studio One, fondé par Clement Dodd, dit Coxsone (1932-2004), où Bob Marley débuta en 1969 et qui présida à l’âge d’or du reggae dans les années 1960 et 1970. En 1962, la Jamaïque gagne son indépendance. « Le dollar jamaïcain s’effondre, les gamins doivent trouver des solutions marginales pour vivre ». Et voici les marchands du temple qui débarquent, et estampillent la Jamaïque « rasta ».

Le rastafarisme est une religion, et Clinton Fearon n’entretient que la sienne, intérieure. Des rastas de la campagne, le petit Clinton a le souvenir d’un joint de ganja offert à l’écolier pour mieux observer la puissance néfaste de « Babylon » – lui fréquentait l’église adventiste avec son père. Clinton Fearon a pris du ska et du reggae leurs mystères : l’énergie et les rythmiques des Niyabinghi, l’un des piliers du mouvement rastafari né dans les années 1930, qui avait pris le nom d’une princesse centre-africaine en rébellion contre le colonialisme et l’esclavage au 19è siècle.

« Je ne prêche jamais. Je regarde ma main par exemple, et je me demande quel esprit de vie la fait bouger. Je crois aux vertus des forces parallèles, une force du sang. Puis, on peut choisir, être heureux ou non. S’éloigner de la nature est la meilleure idée qui soit pour être triste. This Morning parle, comme dans tout ce que j’ai fait, de respect et d’amour. Au fil du temps les éclairages que j’ai donnés, les angles, ont changé, mais on en revient toujours au même. Je vis avec ma propre spiritualité », dit l’homme, avec le large sourire qui rend fluides les échanges amicaux. Pour se sentir bien, Clinton Fearon a une recette : « Love what you do, do what you love ». Ce qu’il applique avec ses musiciens, en harmonie. « Un groupe où tout le monde est respecté peut être puissant comme un lion. Mais si cela dysfonctionne, il devient un lion sans tête », une force brute et désemparée.

Que nous dit encore This Morning ? Que cette vie urbaine au modèle « solitaire » nie les interactions et nous pousse à accepter « que le contrôle soit pris par une seule personne ou un seul groupe », politiciens, entrepreneurs, idéologues, marchands, puissants de toutes les engeances qui nous disent : « Je t’ai fait riche, je te tiens ».  Clinton Fearon en fait des chansons : No Justice, par exemple, This Train Is Living. En treize titres, il y dit son refus de « ceux qui prétendent en savoir plus que nous pour prendre la liberté de décider à notre place », il y dit aussi son attachement à sa femme, la valeur des amis et compagnons dans les temps difficiles.

Enregistré et masterisé à Seattle, mixé au studio Davout à Paris, l’album est un jeu d’équilibre. « I’m not a fast runner », précise l’artiste-artisan, le coureur de fond, qui a planté ses clous de tapissiers à chaque courbe de son dessin musical. Clinton Fearon joue de tout (guitare, basse, percussions, voix), il a ajouté du piano, du saxophone, de l’orgue, du marimba, et s’est appliqué à faire en sorte « qu’on entende tout, ensemble et séparément, que soit appliqué le juste son sur les paroles et les mélodies que j’ai écrites ».  C’est une question d’unité.

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Tracklist

1. Doctor Say
2. This Morning
3. Waiting
4. No Justice
5. Talk
6. This Train Is Leaving
7. Respect
8. Speak Your Mind
9. Don’t Be Afraid
10. Fooling Myself
11. Turn Up The Music
12. Again
13. Wi A One

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