La symbolique est forte : la première chanson de l’album d’Aşa, Murder in the USA, évoque un crime : « Who’s gonna save me now / I shot my lover and I ran away ». Catharsis, évidemment. Mais ce point – majestueusement – final d’une histoire d’amour est aussi le point de départ de l’album. « J’écris en miroir. J’étais dans une relation amoureuse destructrice. Je ne m’étais pas rendue compte que cette personne était aussi toxique. Si je continuais à descendre et à descendre encore, qu’allait-il se passer ? »
Aşa est bien incapable de tuer quiconque. « D’une certaine manière, cet album c’est de l’autobiographie. Même si je n’écris pas à propos de moi, ce sont mes pensées possibles, y compris des erreurs. » Et Lucid, son quatrième album, explore toute la palette des états passionnels, du plus doux au pire et du pire au détachement.
Toujours, les chansons d’Aşa lui viennent de la vie. La sienne, celles de ses amis, les histoires lues dans la presse. « Je prends quelques notes, je garde l’information en moi et la musique finit par venir. » Parfois, elle surgit tout soudain, comme pour Torn : « Une amie avait posté une photo sur laquelle elle avait l’air triste. Quand je lui ai envoyé un message en privé, elle m’a répondu : « Maintenant, je ferai attention à qui je donne mon cœur ». Ma meilleure amie -une personne très puissante sur scène mais désarçonnée dans la vie- était aussi à ce moment-là dans une situation difficile. Ce jour-là, j’étais à Paris, en pleine canicule, mes toilettes cassées, à attendre le plombier qui n’arrivait pas. J’ai écrit la chanson alors et j’ai enregistrée la démo en lâchant la voix à ma fenêtre. Pendant l’enregistrement de l’album, je n’ai jamais pu retrouver la même énergie dans le micro à 25000 euros. Alors, on a gardé la voix enregistrée devant les toits de Paris. »